La Cinquième République en survie. Quelques observations

Philippe Brindet - 18/04/2026

Première observation : en France, deux populations de politiciens se regardent diverger à grande vitesse l'une de l'autre

La première population regroupe les anciens souverainistes, les conservateurs, les gens de la droite nationale, ..... Elle serait assez attachée à l'idée qu'elle se fait du l'oeuvre du Général de Gaulle, inventeur du régime de la Cinquième République qu'il a construit en rejetant les défauts mortels du régime précédent, la Quatrième République.

Or les qualités qu'imaginent les conservateurs aux idées du Général de Gaulle ressortent plus de l'hagiographie que de la vérité. De Gaulle a été le dernier homme politique d'intérêt historique et cela faisait longtemps qu'il n'y en avait eu en France. Je suis d'accord sur celà avec les conservateurs. Mais, s'il a résisté autant qu'il a pu aux diktats impérialistes des américains, il n'avait perçu la réelle toxicité de ce qui deviendrait l'Union Européenne. J'admets qu'il y était très réticent. Mais, il s'est laissé embarquer dans une pente qui, après lui, n'a fait que s'accélérer pour nous précipiter aujourd'hui dans le gouffre de l'insignifiance historique.

Et ce qui est d'autant plus rageant, c'est que sa méfiance à l'égard des américains aurait dûe lui faire suspecter davantage l'européisme. " L'Europe, l'Europe, l'Europ", ...." était une joile formule de conférence de presse. Ce n'était pas une décision politique.

Enfin. Il faut admettre que, pour les conservateurs, garder la Constitution est l'ultime de leur conservatisme.

La seconde population regroupe l'extrême-centre allant du parti LR au PS en passant par le marécage macroniste. Ces gens se moquent de la Constitution en général et du Général en particulier ! Au pouvoir depuis le grand pianiste à bretelles, ils se sont contentés de rajouter des pustules de pestiférés à la Constitution : écologie, quinquennat, .... Elle n'en mourrera pas pour celà, mais c'est tout comme. En réalité, toutes leurs actions politiques qui concernent l'Union Européenne sont des atteintes graves à la Constitution. Si un Conseil Constitutionnel existait en France et qu'il avait un pouvoir de police, il aurait ordonné depuis longtemps l'arrestation immédiate des présidents de la République et de leurs salariés. Pour violations répétées et continuelles de la Constitution. Pensez à la masse d'abandons de souveraineté faites par les autorités françaises se protègeant derrière une parodie de démocratie qui n'a jamais été interrogée.

Le régime gaullien, perversion du régime gaulliste initial, est ainsi devenu impuissant pour toutes les tâches qui incombent à un Etat. Un Etat tel qu'il est envisagé dans la Constitution de la Cinquième République. Le régime a abandonné son autorité au profit d'entités étrangères et au mépris du peuple français qu'il a dépouillé de sa souveraineté constitutionnelle. Sans aucune honte.

Aussi, les politiciens divergent désormais entre eux à une vitesse accélérée. Si rien ne vient arrêter cette divergence, s'en est fait de l'Etat français. Et s'en est déjà fait.

Deuxième observation : le régime gaullien a ruiné la France, peut être au-delà du réparable.

L'un des grands défauts de la Cinquième République, c'est celui d'être une République ! A savoir, d'être dirigée par quelque chose que l'on a longtemps désigné par une expression oubliée : le bien public, bien plus que par un homme fut-il général de brigade. Et ce "bien public" n'était pas autre chose que la déclinaison dans le domaine politique du bien en philosophie ou en religion.

Et il faut bien reconnaître que le libéralisme qui a envahi la société politique française à l'occasion de l'arrivée au pouvoir de Giscard en 1974, il y a 52 ans, a tout simplement anéanti l'idée du bien public qui avait été développée sous la Troisième, la Quatrième et le début de la Cinquième République. On reconnaît aisément, que sous chacune de ces constitutions, les politiciens ont commis des fautes plus ou moins importantes contre le "bien public". Mais, dans l'ensemble, il était la force orientant l'action politique.

Ne cherchons pas ici à étudier ce que serait le "bien public". Notons seulement que son évocation ne manque pas d'exciter le rire de l'ensemble de la classe politique aujourd'hui. Peut être que certains politiciens riront sous cape. Mais ils riront comme les autres.

En fait, depuis 1974, les politiciens ont abandonné le "bien public" pour se rallier au motif essentiel du libéralisme : abandonner la volonté politique, donc le "bien public", pour offrir l'Etat et la Nation aux forces du marché, la politique consistant essentiellement à conformer les politiques adoptées aux "réalités" du marché.

Il faut reconnaître qu'à ce train, l'Etat s'est considérablement enrichi. L'Etat gaullien de Macron est mille fois plus riche que l'Etat gaulliste de De Gaulle. Mais, le peuple macronien des Soixante Piteuses est mille fois plus pauvre que le peuple gaulliste des Trente Glorieuses. Et depuis, les fortunes privées se sont constituées en une caste sans foi, ni loi, échappant largement au contrôle de la loi, donc de la République, grâce à la mondialisation de ses intérêts financiers partout en Occident. IL faut comprendre cet enrichissement de 'Etat frnaçais. Certains imaginent qu'il est très pauvre parce qu'il a "des dettes". Rien n'est plus faux que cette pauvreté. Parce que, contrairement à un particulier, l'Etat garantit sa dette par les impôts futurs. Et en cas limite ... Sur vos biens propres à vous les citoyens confiants dans votre "pays".

Grâce à la dette, ne recherchant plus le bien public, la Cinquième République pervertie a détruit :

  • l'extraction minière dan sles années 1970 ;
  • l'agriculture dans les années 1980 ;
  • l'industrie dans les années 1980 ;
  • l'énergie dans les années 1990 ;
  • le travail ; la justice ; la police ; l'instruction ;< la culture ; ... depuis longtemps ...

... avec la participation enthousiaste des "forces vives et enthousiastes de la Stratump Nation" qui se sont réfugiées les unes dans une représentation idéologique fantasmagorique et hallucinogène, les autres dans une financiarisation toute aussi hallucinogène de leur existence.

La Nation, le peuple, les vrais gens, sont ruinés, emprisonnés sans espoir dans la misère ou la pauvreté. Il n'y a plus de République.

Platon avait déjà montré que la voie de la Tyrannie était ouverte par la dette et la perte du bien public. C'est fait.

Je n'ai plus très envie d' "observer" ...


Revue C-Politix (c) 18 Avril 2026